Portrait : Comment je suis devenue productrice de simples et autres plantes aromatiques

Pauline, 30 ans, vit désormais de sa passion avec son exploitation de plantes aromatiques. // © Photo fournie par le témoin
Pauline, 30 ans, vit désormais de sa passion avec son exploitation de plantes aromatiques. // © Photo fournie par le témoin
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Après un parcours dans la finance, le micro-crédit et l’humanitaire, Pauline, 30 ans, est devenue productrice de simples, et vend ses plantes aux amateurs de médecines douces.

8 heures du matin à Marson-sur-Barboure, village de la Meuse. Pauline se rend dans son laboratoire et retire du séchoir les plantes cueillies quelques jours plus tôt. Elle les dispose dans de grands sacs puis les trie, les effeuille, et les débarrasse de leurs résidus de terre. Sans tarder, elle s’attaque à la confection de ses sachets de tisanes, qu’elle vendra le surlendemain sur un marché régional, ainsi que celle des pestos d’ail des ours et de vinaigres parfumés dont la trentenaire a le secret.

Un métier au statut inexistant

« Je ne peux pas me revendiquer herboriste. Je n’en ai pas le droit, mais je connais quand même quelques ficelles du métier », s’amuse Pauline. « Comme moi, la plupart des producteurs de simples se mobilisent pour obtenir la reconnaissance d’un statut-de paysan(ne)-herboriste. En attendant, je dois ruser pour ne pas enfreindre la loi : par exemple, ma tisane pour dormir, ‘Bonne pantoufle’, porte la mention ‘pour remplacer la berceuse’ ! », affirme la jeune femme. Cette dernière, soucieuse de légalité, dispense ainsi uniquement à l’oral ses conseils à ses clients sur les marchés.

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Avant 2016, elle aurait été bien étonnée d’apprendre qu’elle prendrait autant de plaisir à faire pousser et à cueillir des plantes, seule dans un champ ou sur des berges ! Après un bac S, option SVT, Pauline qui se rêve en mission humanitaire en Afrique est orientée par ses parents dans une école de commerce international, à Lyon (Rhône). Cette native de la Meuse se fait d’autant mieux à l’enseignement de l’école qu’elle y trouve des cours destinés à accompagner les métiers de l’humanitaire : anthropologie, culture générale et géopolitique alternent avec la gestion, le marketing et l’anglais. « Je me suis retrouvée en stage de trois mois au Mali, avec l’impression de ne pas y être légitime. Je ne savais pas comment me positionner, parce que la misère chez nous me touchait aussi, et que j’avais envie de faire quelque chose en France ! », explique-t-elle. Au cours de sa 3ème année, forte de cette conviction et « stimulée par les chiffres », elle se spécialise dans la finance et la gestion.

Des projets à dimension humaine

C’est à Nancy (Meurthe-et-Moselle), auprès d’une association porteuse d’un DLA (dispositif local d’accompagnement) pour soutenir d’autres associations créatrices d’emploi, qu’elle effectue les six mois de son stage de 4ème année. Le fonctionnement des micro-crédits accordés aux femmes, le milieu associatif et solidaire la passionnent.

Un retour aux sources évident

« En fin d’année, pour valider ma formation, j’ai dû créer – virtuellement – avec un petit groupe d’élèves de l’école une entreprise créatrice d’emplois. On a choisi la promotion des plantes aromatiques et médicinales dans les jardins partagés de Lyon », raconte-t-elle. « J’ai assisté à des conférences, et je me suis souvenue qu’avec des grands-parents agriculteurs, mon rapport à la nature était une évidence ! ».

La découverte des plantes « utiles », aussi bien comestibles que médicinales ou tinctoriales est « la petite graine » qui germe dans sa tête en attendant le vrai déclic. Diplômée, Pauline enchaîne avec une 5ème année de Master 2 à Nancy pour faire plaisir à ses parents, et décide de trouver un emploi sur sa terre natale.

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L’appel de la nature

Un remplacement de congé maternité dans une communauté de communes, suivi d’un CDD dans une association de protection de l’environnement (CPIE), où elle s’initie à l’animation dans la nature auprès d’enfants, jalonnent son parcours. En 2016, la jeune femme utilise ses droits à la formation pour intégrer un lycée agricole, près de Metz (Moselle), et passer son BPREA (Brevet Professionnel Responsable d’Entreprise Agricole). « C’était une formation de maraîchers pour adultes. J’ai passé un accord avec un autre lycée agricole, le CFPPA (Centre de Formation Professionnelle et de Promotion Agricoles) de Montmorot, dans le Jura, pour bénéficier d’une formation sur les plantes aromatiques, rarissime en France ! ».

Ni le mot « herboriste », présenté comme tabou, faute de statut, ni la confusion des règlementations ne dissuadent Pauline : fin 2016, elle récupère trois hectares de terre de ses grands-parents, débute un gros chantier dans une ferme inhabitée et sollicite une aide de la PAC (Politique Agricole Commune). Avec ses 20.000 euros de subventions, elle se construit un labo, investit dans un séchoir et dans du matériel en inox. Mobilisée par son activité, Pauline, qui a officiellement ouvert son exploitation en 2018, se verse 200 euros par mois. Mais s’en contente pour l’instant, trop heureuse de laisser la nature lui « dicter son emploi du temps ».

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Pauline Varnier en 6 dates 
27 juillet 1989 : Naissance à Bar-le-Duc (Meuse)
Juillet 2007 : Bac S, option SVT, mention très bien
Fin 2011 : Diplômée de l’École supérieure de commerce et développement 3A (Lyon)
Septembre 2012 : Diplôme de Master 2 en économie des TPE, micro-finance et développement à l’université de Lorraine (Nancy)
2013 : Intègre le lycée agricole de Courcelles-Chaussy (Moselle) pour passer un BPREA
1er mars 2018 : ouvre son exploitation de plantes aromatiques

Formation : 
Il n’existe actuellement plus de diplôme reconnu par l’État pour exercer le métier d’herboriste. Des formations privées existent (comptez entre 2.000 et 3.000 euros) :
– FFEH (Fédération Française des Écoles d’Herboristerie) avec un enseignement sur place et par correspondance. 13 rue Alsace Lorraine, 69001 Lyon. Renseignements : 04.78.30.84.35.

– ARH (Association pour le Renouveau de l’Herboristerie) : Montée de l’église Le Village, 07240 Chalencon.
Renseignements : 04.75.83.28.40.

Salaire : environ 1.500 € nets mensuels

 

Le lien  : https://www.letudiant.fr/metiers/metiers—portraits-de-pros/comment-je-suis-devenue-productrice-de-simples.html

Via@L’Etudiant.fr / Nathalie Helal / Publié le 

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