Apprentissage : les entreprises jouent-elles le jeu de l’emploi ?

L'apprentissage séduit de plus en plus de jeunes à l'issue de la classe de troisième // © Etienne Gless
L’apprentissage séduit de plus en plus de jeunes à l’issue de la classe de troisième // © Etienne Gless
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L’image de l’apprentissage s’améliore. Sur Affelnet comme Parcoursup les vœux pour des formations en alternance sont à la hausse. Et il n’y a jamais eu autant d’apprentis en France avec 458.000 jeunes en 2019. La réforme de l’apprentissage qui entre en vigueur permet aux entreprises d’embaucher encore plus facilement des apprentis. Mais la route est encore longue pour rapprocher l’offre de la demande.

« Cela fait un mois que j’envoie 100 CV par semaine. Et je n’ai toujours pas trouvé d’entreprise d’accueil dans le domaine de la logistique pour y préparer mon master en alternance en achat-logistique ». François 22 ans étudiant à Paris School of business a déjà suivi en scolarité classique les trois premières années du programme grande école en 5 ans de son école de commerce. Frais de scolarité annuels de cette école de commerce privée : entre 9.500 et 10.500 € par an. « Mes parents ont déjà dépensé 30.000 € et je n’ai toujours pas de diplôme ! Alors pour mon M1 ils m’ont demandé de suivre mes études en alternance afin que les coûts de formation soient pris en charge par l’entreprise d’accueil ».

N’obtenant aucune réponse des grandes entreprises dans sa quête d’un contrat, François a élargi ses recherches aux PME. Chou blanc là encore. Il se retourne alors vers son école qui lui propose quelques offres mais pas dans sa spécialité de master. « Et ce sont des offres que j’avais souvent déjà repérées via LinkedIn ». La galère !

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Côté jeunes, une offre de contrats d’apprentissage pas toujours visible ou éparpillée

Pour un jeune candidat à l’apprentissage, la recherche de contrat peut virer au cauchemar s’il n’a pas accès au marché caché de l’emploi. Explication : l’offre de contrats en alternance n’est pas entièrement visible et est éclatée sur de nombreux sites d’emploi. D’abord toutes les entreprises ne rendent pas publiques leurs offres d’emploi. « Le site de Pole emploi par exemple recense moins de 5% des offres d’emploi en alternance », observe un membre du cabinet de la ministre du Travail. « Et jusqu’ici les CFA qui reçoivent des offres des entreprises n’avaient aucun intérêt à les rendre visibles ».

Ensuite l’offre de contrats en alternance est éparpillée sur de nombreux sites d’emplois qu’ils soient publics ou privés. C’est un peu les Balkans ! « Ce qu’il nous reste à améliorer c’est la rencontre entre l’offre et la demande », reconnaît Muriel Pénicaud, ministre du Travail en charge de l’apprentissage qui réfléchit à la faisabilité d’un portail unique pour accéder à un maximum d’offres. » Cela fait mal au cœur de voir des jeunes qui cherchent une entreprise et n’en trouvent pas et des entreprises qui ne trouvent pas d’apprentis ».

Ciblez les entreprises qui recrutent régulièrement des apprentis.
Dans votre recherche de contrat d’apprentissage, pensez à envoyer des candidatures spontanées personnalisées aux employeurs en ciblant des entreprises qui ont l’habitude de recruter régulièrement des apprentis. Vous pouvez utiliser le site La bonne alternance (Pole Emploi) qui a mis au point une algorithme prédisant les entreprises qui ont une forte probabilité de recruter.

Côté entreprises, un manque de candidats dans certains secteurs

Car si de nombreux jeunes rament à trouver une entreprise d’accueil, de leur côté les chefs d’entreprises aussi se plaignent d’avoir du mal à recruter des apprentis: « Je ne peux pas ouvrir de nouveaux salons de coiffure car je n’ai pas le personnel suffisant, salariés comme apprentis », déplore ainsi Bernard Stalter artisan coiffeur en Alsace et président de CMA France, la tête de réseau des chambres des métiers et de l’artisanat. Ces dernières forment 140.000 apprentis par an dans leurs 112 centres de formations d’apprentis (CFA). Les métiers de la coiffure se disent prêts à embaucher et former 10.000 candidats. « Nous manquons de personnel dans tous les secteurs et de jeunes candidats à l’apprentissage. Au total 700.000 emplois ne sont pas pourvus dans l’artisanat », ajoute Bernard Stalter.

Dans l’industrie aussi des entreprises déplorent de perdre des marchés faute d’avoir les compétences nécessaires et peinent à attirer des jeunes qu’elles sont prêtes à former en alternance : « Il nous manque des opérateurs de maintenance et des pilotes de lignes de productions automatisées » confie ainsi Vincent Bonnier directeur général de la fabrication des billets de la Banque de France, qui emploie une vingtaine d’alternants.

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Embauche d’alternants plus facile en 2020

Pour les entreprises la réforme de l’apprentissage qui entrera pleinement en vigueur en 2020 devrait leur faciliter la vie et leur permettre d’embaucher davantage de jeunes : elle a été faite pour elles et en partie par elles. La loi du 5 septembre 2018 sur la liberté de choisir son avenir professionnel leur permet de recruter en apprentissage jusqu’à 29 ans. Elle leur donne la possibilité de réduire la durée du contrat d’apprentissage en fonction du niveau de compétence antérieur de l’apprenti. La durée minimum de formation est ainsi réduite à 6 mois et 150 heures de formation par an (au lieu de 400 heures). Elle autorise même les entreprises à intervenir sur le contenu des formations.

Les diplômes professionnels que vous préparerez seront désormais définis par l’État et les branches professionnelles et non plus l’État seul. Autant d’assouplissements qui donnent satisfaction aux entreprises et doivent les inciter à embaucher plus : « Plus l’apprenti est âgé plus il est sûr de son projet professionnel et moins il risque de rompre son contrat. Pour une entreprise comme la mienne il est plus facile de signer un contrat de 10 mois pour préparer un CAP quand le candidat a 20 ans et est déjà bachelier qu’un contrat de deux ans avec un mineur de 16 ans qui n’est pas sur d’aimer ce métier », confie un petit entrepreneur de travaux publics près d’Angers. Bref les entreprises n’ont jamais été aussi libres de vous embaucher en tant qu’apprentis !

Plan malin : les classes de 3ème « prépas métiers » pour tester les métiers et l’alternance
« J’ai commencé par une classe de préapprentissage ouverte aux collégiens de 3ème au sein d’un CFA. Cela m’a permis de trouver une entreprise d’accueil pour y effectuer mon apprentissage ». Quentin, 17 ans, prépare son bac pro en Mécanique automobile au CFA de la MFR La Pommeraye en Maine-et-Loire.Comme lui vous pouvez envisager après la classe de 4ème de faire une prépa-métier en classe de 3ème : ce dispositif vous permet pendant quelques mois d’affiner votre orientation vers la voie professionnelle et l’apprentissage. 180 heures dans l’année vous permettront de découvrir et tester si les métiers que vous envisagez vous plaisent vraiment.

Des signes encourageants de bonne volonté, d’autres moins

Un bon point pour les entreprises : elles sont déjà nombreuses en 2019 à jouer le jeu et s’emparer des possibilités offertes par la réforme. Avec 458.000 apprentis au 30 juin 2019, il n’y a jamais eu autant d’apprentis en France. Signe d’un regain d’intérêt chez les jeunes pour cette voie de formation : sur Affelnet, vous étiez 20% de plus en 2019 à formuler des vœux pour une formation en apprentissage après la classe de troisième. Et sur Parcoursup vous étiez 11.712 candidats à avoir accepté une des 3.153 formations post-bac en apprentissage proposées sur la plate-forme, soit 5,6% de plus qu’en 2018.

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Côté employeurs, beaucoup ont annoncé vouloir développer l’embauche d’apprentis. 61 entreprises ont même déjà ouvert ou annoncé l’ouverture de leur propre CFA. Des signes de bonne volonté encourageants. Un mauvais point par contre : dans certains métiers en tension, les entreprises aimeraient obliger les jeunes qu’elles ont formés en apprentissage à travailler un certain temps chez elles. Elles ont fait du lobby auprès de parlementaires qui ont déposé une proposition de loi en ce sens à l’Assemblée. Le texte précise même que les entreprises conservent leur liberté de ne pas embaucher l’apprenti qu’elles ont formé. « Cette proposition est à contre-courant des attentes des étudiants mais aussi des entreprises », estime Stéphane Bourcieu de Burgundy school of business. « Laissons la liberté aux entreprises de choisir leurs salariés et aux apprentis de choisir leurs employeurs et arrêtons de vouloir tout administrer ! ». Un texte de loi qui s’il était voté pourrait dissuader de s’orienter vers l’apprentissage au moment même où cette voie de formation est en train de (re)gagner ses lettres de noblesse.

 

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Via@L’Etudiant.fr / Etienne Gless / Publié le 

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